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٣٠ أكتوبر ٢٠٢٦
PRÉAMBULE: LE TEMPS DES ACTES
Nous, organisations de la société civile, représentantes et représentants des peuples autochtones et des communautés locales, autorités traditionnelles et acteurs engagés dans la protection des forêts et de la biodiversité, réunis à Libreville les 28 et 29 octobre 2026, réaffirmons notre détermination à préserver le Bassin du Congo, patrimoine écologique, culturel et humain essentiel à la région et à l'équilibre climatique mondial.
Notre rencontre s'inscrit dans la continuité des conférences de Yaoundé en 2024 et de Kinshasa en 2025. Ces rendez-vous ont porté sur des analyses fortes en faveur de la protection des forêts, de la justice climatique, des droits des peuples des forêts et d'un accès équitable aux financements.
Les pressions liées à l'exploitation non durable des ressources, aux activités extractives et à la conversion des terres persistent. Les droits fonciers coutumiers restent insuffisamment reconnus, les communautés demeurent trop souvent exclues des décisions qui affectent leurs territoires, et les financements annoncés atteignent difficilement voire très peu les organisations locales et les populations qui protègent les écosystèmes.
Les expériences partagées à Libreville montrent cependant que des solutions existent: observation indépendante, cartographie participative, cogestion des espaces forestiers, initiatives communautaires de conservation, agroécologie et mécanismes de financement direct. Leur consolidation exige une volonté politique réelle, des moyens adaptés et la reconnaissance des communautés comme parties prenantes à part entière de la gouvernance du Bassin du Congo.
Nous refusons que la conservation se fasse au détriment des droits, que le développement des pays du Bassin du Congo sacrifie les territoires villageois et que les financements destinés à protéger les forêts échappent à celles et ceux qui les préservent.
Nous appelons donc les gouvernements des pays du Bassin du Congo, les institutions régionales, les partenaires financiers et les entreprises à passer des engagements déclaratifs à des décisions vérifiables, assorties de responsabilités, de moyens et d'échéances.
1. RENFORCER LA GOUVERNANCE FORESTIÈRE ET METTRE FIN À L'IMPUNITÉ
Nous reconnaissons les avancées législatives et institutionnelles enregistrées dans plusieurs pays du Bassin du Congo. Toutefois, l'existence de lois ne suffit pas lorsque leur application demeure insuffisante, que les contrôles sont fragiles et que les infractions ne donnent pas lieu à des sanctions dissuasives.
Nous demandons aux gouvernements de:
Nous appelons également les parlements nationaux à exercer pleinement leur rôle de contrôle et à veiller à ce que les réformes législatives se traduisent par des mesures d'application cohérentes et protectrices des droits.
Nous encourageons les États à examiner, selon leurs contextes nationaux, des mesures conservatoires, notamment des moratoires conditionnels sur l'attribution de nouveaux titres d'exploitation industrielle des ressources naturelles y compris ceux de conversion des terres et des forêts dans les zones à risque, le temps de vérifier la légalité des titres, les chevauchements territoriaux et le respect des droits des communautés.
La gouvernance forestière doit protéger l'intérêt général, et non garantir l'impunité des intérêts particuliers.
2. RECONNAÎTRE LES DROITS, LES SAVOIRS ET LE LEADERSHIP DES PEUPLES DES FORÊTS
Les peuples autochtones et les communautés locales ne sont pas de simples bénéficiaires des politiques de conservation ou de développement. Ils sont détenteurs de droits, de savoirs et d'expériences indispensables à la préservation des écosystèmes. Pourtant, les témoignages recueillis à Libreville ont mis en évidence les déplacements forcés, l'insécurité foncière, les restrictions d'accès aux ressources naturelles et la marginalisation persistante des communautés et de leurs représentants.
Nous demandons aux gouvernements de:
Aucune politique forestière ou climatique ne peut être juste si les peuples des forêts restent absents des décisions qui les concernent.
3. FAIRE DE LA CONSERVATION UN PROJET DE TERRITOIRES RÉSILIENTS
La protection de la biodiversité ne peut reposer uniquement sur la création d'aires protégées ou sur des restrictions d'usage imposées aux populations riveraines. Les expériences présentées à Libreville montrent que les savoirs traditionnels, les initiatives communautaires et la participation locale peuvent contribuer directement à la conservation et à la résilience des écosystèmes.
Nous demandons aux gouvernements, aux organismes de conservation et à leurs partenaires de:
Nous appelons les États à intégrer ces approches dans leurs politiques nationales de conservation, leurs stratégies climatiques et leurs engagements en faveur de la biodiversité.
L'objectif mondial de protection de 30 % des terres et des mers à l'horizon 2030 ne doit pas devenir un motif supplémentaire de dépossession ou d'exclusion. Sa mise en œuvre doit respecter les droits, reconnaître les territoires de vie et valoriser les contributions des peuples des forêts.
Protéger la biodiversité, c'est aussi protéger les personnes, les cultures et les territoires qui la font vivre.
4. ALLOUER DIRECTEMENT LES FINANCEMENTS CLIMATIQUES ET POUR LA BIODIVERSITÉ À L'ACTION LOCALE
Les échanges de Libreville ont révélé un décalage persistant entre l'ampleur des financements annoncés à l'échelle internationale et les ressources effectivement accessibles aux organisations locales et aux communautés. Les lourdeurs administratives, le manque d'information, les exigences disproportionnées et l'insuffisance des enveloppes dédiées au financement direct limitent leur capacité d'action.
Les communautés ne doivent pas être considérées uniquement comme les bénéficiaires ultimes de programmes conçus ailleurs, mais comme des partenaires capables de définir leurs priorités, de gérer des ressources et de rendre compte de leur utilisation.
Nous demandons aux gouvernements et aux partenaires financiers de:
Nous encourageons le développement et la consolidation de mécanismes adaptés, tels que les fonds communautaires pour le climat et la biodiversité, les dispositifs de microfinancement et les fonds de confiance, capables de soutenir des initiatives locales à une échelle pertinente et selon des procédures accessibles.
Le financement de la conservation doit atteindre les territoires, renforcer les acteurs locaux et produire des résultats dont les communautés peuvent témoigner.
5. DE LIBREVILLE À L'ACTION: DES PRIORITÉS COMMUNES, DES RESPONSABILITÉS ET UN SUIVI
Nous appelons les gouvernements du Bassin du Congo, la COMIFAC et les autres institutions régionales, les partenaires techniques et financiers ainsi que le secteur privé à traduire les revendications de cette déclaration en mesures concrètes.
À l'approche de la COP 31 et des prochaines échéances internationales, nous invitons les gouvernements et les partenaires financiers à porter ces priorités dans les espaces de décision nationaux, régionaux et internationaux, en particulier sur la gouvernance forestière, les droits des peuples des forêts, la conservation inclusive et l'accès équitable aux financements climatiques et pour la biodiversité.
Nous, organisations de la société civile et représentants des peuples autochtones et des communautés locales, nous nous engageons à créer un réseau dynamique d'échanges d'expériences et de partage de bonnes pratiques sur les réformes des politiques et autres, de renforcer notre coopération régionale, pour porter ces revendications de manière concertée et à contribuer au suivi citoyen de ces engagements.
Nous réaffirmons que l'avenir du Bassin du Congo ne peut se construire sans celles et ceux qui vivent dans ses forêts, en dépendent et les protègent.
Le temps des engagements sans suite doit prendre fin. Nous appelons à des droits garantis, des forêts protégées, des décisions transparentes et des financements qui arrivent jusqu'aux populations.
Fait à Libreville, le 29 octobre 2026.
Les organisations de la société civile et les représentants des peuples autochtones et des communautés locales, participant à la 3e Conférence des OSC du Bassin du Congo.