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Les parties prenantes à la gouvernance forestière du Gabon outillées sur la notion de Genre et sa prise en compte dans les politiques forestières

Du 4 au 6 octobre 2017, s’est tenu à Libreville un atelier de renforcement de capacités des parties prenantes à la gouvernance forestière sur le concept Genre et l’importance de sa prise en compte dans les politiques en matière de Forêt. Parmi les participants, nous comptions la société civile gabonaise regroupée au sein de la plateforme ‘Gabon Ma Terre Mon Droit’ (GMTMD), des membres du   CTC, de l’administration en charge des affaires sociales, celle en charge de la promotion de la Femme et de l’administration en charge des Forêts.  La tenue de cet atelier découlait de l’audit en genre mené par le CIDT et FLAG durant la période de démarrage du projet « Voix des citoyens pour le changement : Observation forestière dans le bassin du Congo », entre Janvier et Février 2017, auprès de l’ONG Brainforest et de la plateforme GMTMD.  Les résultats de cet audit ont mis en évidence  des manquements relatifs à la connaissance du concept de genre et à son application dans la mise en œuvre de leurs activités. En effet force a été de constater qu’aucune de ces OSC n’avait de stratégie en Genre.


Par Brainforest - 19/10/2017 à 12:56:44 - Modifié le 19/10/2017 à 13:44:44

Ce sont donc, 28 participants,  représentant des OSC (AGNU, ASF, AGAFI, Brainforest, CTC, MUYISSI, NYANGA TOUR, CURFORD, FENSED, IDRC Africa, KEVA Initiative..) et de l’administration (Ministère en charge de la promotion de la femme, Ministère en charge des forêts et Ministère en charge des affaires sociales) qui ont pris part, pendant 3 jours de formation sur l’approche genre, avec pour thématique générale Prise en compte du Genre dans les processus de Gouvernance Forestière. L’objectif fixé lors de l’atelier était d’apporter de façon globale, un « appui conceptuel » pour une meilleure compréhension de la question du Genre par les acteurs de la société civile gabonaise et personnes ressources afin qu’ils soient mieux outillés pour intégrer le genre dans leur travail de gouvernance forestière et de suivi forestier.

 

Le genre en question

Au fil des exposés de la consultante Régionale en Genre, Mme Mary NYUYINWI, l’on a pu retenir que, le concept genre, découlant du terme anglo-saxon « Gender », est né aux alentours des années 1950-1975 avec le concept de l’IFD (Intégration de la Femme au Développement) qui avait pour objectif la recherche de l’égalité des chances entre homme et femme dans le processus de développement. Ce concept a évolué dans les années 75-85 à la suite de l’évaluation du concept IFD, lors de la Conférence de Nairobi en 1985, qui mis en avant un échec du concept. De cette constatation est né le concept Genre et Développement qui propose l’« empowerment » des femmes et des groupes défavorisés en vue de la transformation intégrale des relations de pouvoir entre homme-femme et entre catégories sociales. 

Le terme “genre” fait ainsi « référence aux rôles, responsabilités et opportunités socialement assignés et associés aux femmes et aux hommes, autant qu’aux structures de pouvoir cachées qui gouvernent les relations entre eux ».

C’est un concept dynamique qui s’appuie sur le principe d’équité-égalité, faisant « allusion aux différences / conditions culturelles, sociales, économiques et politiques entre les hommes et les femmes qui sont la base de certains standards, valeurs et types de comportements entre ceux-ci ».

 

Le Gabon et le Genre

Pour cadrer avec les recommandations du programme d’action de Beijing 1995, le Gouvernement gabonais a mis en place des mécanismes institutionnels permettant aux femmes un accès équitable aux ressources économiques au même titre que les hommes. Il faut préciser à ce sujet que la Stratégie Nationale d’Egalité et d’Equité de Genre (SNEEG) fait ressortir la faible productivité des femmes avec pour conséquence un faible pouvoir économique. Aussi, pour accroitre ce pouvoir économique des femmes, les objectifs contenus dans la SNEEG sont les suivants :

- Elargir la présence des femmes dans les différents secteurs de production ;

- Contribuer à l’accroissement de la capacité de la production des femmes ;

- Contribuer à l’égalité d’accès à l’emploi et au marché du travail ;

- Assurer un encadrement aux associations des femmes, notamment dans les secteurs de production

Ainsi, les prémices d’une véritable politique de genre se dégagent aisément de la SNEEG du Gabon, avec des objectifs quantitatifs et qualitatifs à atteindre qui permettraient de réduire les inégalités entre hommes et femmes. Par ailleurs, dans le plan stratégique ‘’Gabon Emergent’’, on parle également de l’égalité des chances. Or l’égalité des chances « n’est qu’une forme d’équité-égalité », qui est le principe socle du Genre.  « Il n’y a pas égalité de chance sans égalité de sexe, il n’y a pas égalité de chance si le genre n’est pas pris en compte dans la définition des politiques et programmes », observe l’expert national, M. MBANDIGA Hugues. Ce dernier pense en effet qu’il est nécessaire, pour améliorer nos politiques, de procéder à des audits genre secteur par secteur. Nous avons, par exemple, pu constater en analysant, lors d’un exercice, quelques articles du décret portant modalités d’attribution de la forêt communautaire, que la notion est faiblement prise en compte au niveau notamment du contrôle et du pouvoir décisionnel des femmes.

 

Quelques témoignages à la sortie de la formation

Romeldath EMANGUY, ONG AGNU

Avant  cet ’atelier, je n’avais pas une autre interprétation en dehors de la définition traditionnelle du genre. Donc je remercie déjà les organisateurs de nous avoir conviés à cette formation sur le genre. Car cela nous a permis de comprendre que la notion du  genre en développement ne fait pas référence aux femmes uniquement ; c’est un concept qui prend également en compte les hommes, les enfants  et  toutes les interactions  qui les lient, dans un contexte social donné.

Avec le genre, l’on constate aujourd’hui qu’il est important pour la société civile, le secteur privé, et l’administration, d’associer toutes les personnes et toutes les couches sociales dans toutes les activités, et ceci, dans  tous les domaines existants. Et pour ce qui est de l’implication des femmes dans les processus de prise de décision en gestion et réglementation du secteur forestier, leur rôle n’est plus à démontrer.  Dans la pluparts des cas, pour une communauté vivant dans la forêt, les femmes sont les premières, et majoritairement,  à  recourir aux différentes ressources de la forêt pour répondre à divers besoin au quotidien ; elles n’ont cependant pas accès au contrôle et à la prise des décisions concernant la régulation de ces ressources.

 

 

Gaël MOUKAGNI, ONG Conservation Justice

L’atelier sur l’approche genre et sa prise en compte dans la gouvernance forestière est un point très important pour les gouvernements des pays, et en particulier au Gabon, où les activités forestières sont concentrées entre les mains des hommes.  L’adoption du genre viendra corriger ce déséquilibre, que ce soit de façon qualitative et quantitative, et permettre ainsi aux couches marginalisées dépendantes de des ressources forestières, d’avoir un niveau de contrôle et de prise de décision raisonnable en ce qui concerne la législation forestière et ou le partage des profits issus de son exploitation.

L’atelier de formation avec son lot d’outils analyse genre, viendra aussi aider les gouvernants à mieux identifier les besoins de toutes les catégories, hommes ou femmes dans l’élaboration des politiques de développement à tous les niveaux.

 

 

M. MBANDIGA Hugues, Expert national genre,

Je suis ravi de participer à cet atelier, tout d’abord comme participant et expert national et en même temps observateur.  Ceci dit, je ne peux cacher ma satisfaction de constater qu’il existe des ONG et partenaires qui puissent accompagner la société civile gabonaise dans la prise en compte du genre dans l’élaboration et  la mise en œuvre  des politiques de leurs activités. L’implication du genre dans la gouvernance forestière est un plus, parce que le genre va permettre son amélioration, en tenant compte de toutes les spécificités des populations, hommes femmes, enfants etc. car l’introduction du genre dans l’élaboration et la mise en œuvre des politiques permet d’harmoniser l’action, en impliquant tout le monde. Et quand tout le monde est impliqué, l’action est à même de réussir. Donc l’analyse genre nous permet de regarder qui on a laissé de côté.  Est-ce qu’on a laissé les femmes, les hommes ? Est-ce qu’on s’est préoccupé des handicapés, des vieillards et des enfants ou des peuples autochtones ?

 

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